Mon Europe à moi, c’est celle dont a rêvé mon père, fait prisonnier le 18 juin 1940 et qui noua avec l’Allemagne où il résida près de 15 ans une relation privilégiée qu’il m’a transmise en héritage.
Mon Europe à moi, c’est celle de mes filles et de mes petits-enfants bi- voire trinationaux et multiculturels qui ont la chance de ne connaître de frontière ni dans leur tête ni dans leur cœur.
Mon Europe à moi, c’est celle justement qui a fait disparaître petit à petit ces frontières où j’ai passé des heures à attendre le droit de rentrer chez moi… Mon Europe à moi, c’est celle qui m’a permis de vivre dans cinq pays de l’Union et de me sentir chez moi un peu partout.
Mon Europe à moi, c’est celle qui a fait disparaître une partie de ces enveloppes de devises étrangères qui m’accompagnaient à chaque voyage à travers le continent.
Mon Europe à moi, c’était cette espérance dans la voix et le regard de mes amis des pays de l’Est avant la chute du mur et l’élargissement et cette envie qu’expriment encore aujourd’hui les ressortissants des pays du continent qui aspirent à rejoindre la maison commune. Mon Europe à moi, c’est celle de ces jeunes Erasmus qui découvrent au moment où ils deviennent des adultes qu’il existe autre chose que ce qu’ils ont toujours connu jusqu’alors et qui plus jamais, je l’espère, ne verront le monde avec des œillères.
Ce qui caractérise mon Europe à moi, pour finir, ce sont ces valeurs de démocratie, de liberté, de tolérance, de solidarité que je revendique avec d’autant plus de force que je sais qu’elles ne sont ni universelles ni immuables.
Philippe Gustin
Préfet, ancien ambassadeur
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